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Les fêtes rythment le cycle annuel de toutes les traditions religieuses et initiatiques. Au cours du temps, elles rompirent la monotonie de la vie ordinaire et suspendirent les obligations, la rigueur, la fatigue et parfois le “stress” ou les humiliations du travail. Elles exercèrent un vif attrait voire une fascination sur le peuple. Dans ce domaine, le christianisme lui apporta une complète satisfaction, de par la multiplicité et l'éclat de ses fêtes dont beaucoup étaient (ou sont heureusement encore) légales et rémunérées. Il est, d’autre part, assuré que des fêtes chrétiennes ont été habilement instaurées par l'Église aux mêmes dates que des fêtes païennes, car ces dernières étaient si populaires qu'elles auraient été indéracinables et qu’une interdiction de celles-ci eût été tout à fait vaine et inutile. Rompant avec le passé spirituel du pays, la fête est devenue aujourd'hui une réjouissance commémorative d'un événement ou d'un personnage, que l’homme prend plaisir à évoquer. Elle répond aussi au besoin qu'a ce dernier de s'exprimer, de réfléchir, sur des phénomènes propres aux mystères du monde ou à la vie en société, en réunissant des individus, des familles ou des communautés, habituellement ou par nécessité, séparés dans la vie quotidienne et qui s'engagent ainsi dans une même participation festive. Les fêtes sont inhérentes aux croyances, originellement, en l’honneur du Vivant et de la peur de la Mort, ainsi que de l'Inconnu qui découle du cycle universel de Vie, Mort et Renouveau. Le point de départ des religions doit être recherché dans la croyance en une puissance sacrée qui transcende l'univers, une puissance capable d'agir sur la fertilité, le rythme des saisons, la naissance, la mort... La mort est de tous les mystères, le plus frappant, le plus énigmatique et le plus inquiétant. Les premières traces de croyances et de pratiques religieuses sont liées à la sépulture des morts. Elles vont donner naissance à un culte extrêmement développé qui laisse penser que l'homme préhistorique avait déjà l'idée d'une survie après la mort. Les dieux et les créatures fantastiques de l'Antiquité sont tous des « esprits », des morts qui contrôlent la vie des humains selon leur gré. Chaque épidémie, chaque tremblement de terre, chaque disette sont l'oeuvre des dieux ou des esprits qui se vengent si les hommes ne se montrent pas à la hauteur de leurs exigences. Pour apaiser ou prévenir la colère des ancêtres, les peuples ont mis en place de nombreux rituels à certaines dates de l'année. Pour s'exprimer au cours de celles-ci, l'homme fait appel aux symboles, établissant ainsi un rite qui est propre à sa société, son clan, sa communauté, voire sa famille, qui la caractérise et maintient sa cohésion. C’est ainsi que les événements rituels, sacrés ou traditionnels fêtés amènent une division du temps aboutissant à un calendrier (montrant la progression, le passage [le mot ritum en latin a cette signification] de l’état profane à l’état de réalisation). Mais l'homme moderne semble avoir perdu le sens réel de la fête. Arraché à son environnement géographique et humain, isolé au milieu des villes tentaculaires, écrasantes, fatigantes, aliénantes, réductrices, voire inorganiques, il a en grande partie oublié ses origines ou ses traditions et ne connaît plus rien, ou presque plus rien, de ces fêtes que pouvaient structurer les communautés de jadis, se contentant de reproduire des “rites” sociaux, vidés de leur signification dont il ne comprend la plupart du temps plus le sens profond et qu’il exécute par “simple” obligation ou conformisme social ou culturel.
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